protection des populations d'espèces animales et végétales, ainsi que la conservation de l'intégrité écologique de leurs habitats naturels ou de substitution

 

La conservation de la Nature consiste en la protection des populations d'espèces animales et végétales, ainsi que la conservation de l'intégrité écologique de leurs habitats naturels ou de substitution (comme les haies, carrières, terrils, mares ou autres habitats façonnés par l'homme). Son objectif est de maintenir les écosystèmes dans un bon état de conservation, et de prévenir ou de corriger les dégradations qu'ils pourraient subir.

 

Historique 

Cette discipline a des racines anciennes et plutôt anglo-saxones, qui ont évolué à la fin du XXe siècle, passant du statut de science de protection patrimoniale, qui le plus souvent enregistrait et tentait de traiter localement des catastrophes écologiques à une science d'action plus globale cherchant à mieux les anticiper.

 

Une diversité de définitions 

Le terme de conservation ne bénéficie d'aucune définition dans la Convention de Rio alors que le mot y est très employé. Il n'existe pas de définition officielle et arrêtée de la conservation de la nature, mais les termes employés sont souvent les mêmes que ceux utilisés pour expliquer le développement durable. La Stratégie globale pour l'environnement biophysique et la biodiversité parle ainsi de la conservation comme étant « la gestion de l'utilisation par l'homme de la biosphère permettant aux générations présentes de profiter des bénéfices durables, tout en maintenant son potentiel de répondre aux besoins et aspirations des générations futures ».

Pour Carl Jordan, c'est une « philosophie de la gestion de l'environnement qui n'entraîne, ni son gaspillage, ni son épuisement, ni son extinction, ni celle des ressources et valeurs qu'il contient ».

 

Un domaine scientifique : la biologie de la conservation


La conservation de la nature est à l'origine de la biologie de la conservation, science nouvelle appliquant les principes de l'écologie, de la biogéographie et de l'écologie du paysage, ainsi que de la dynamique et de la génétique des populations. L'anthropologie, les sciences économiques et la sociologie sont également mises à contribution, dans un triple objectif de restauration, protection et/ou gestion de la biodiversité.

Michael E. Soulé, biologiste américain et l'un des fondateurs de cette science nouvelle, décrit la biologie de la conservation comme la « science de la rareté et de la diversité » (Science of Scarcity and Diversity, titre d'un ouvrage de Michael Soulé).
«

Une nouvelle discipline qui s'adresse aux dynamiques et problèmes d'espèces, communautés et écosystèmes perturbés. [...] Son objectif est de fournir des principes et outils pour la préservation de la diversité biologique.
»

Il décrit également cette discipline comme une « science de la crise » : où les gestionnaires et les biologistes doivent apporter des solutions rapides et efficaces à des problèmes de conservation importants, comme préserver une population d'espèce menacée d'extinction par exemple. Le biologiste de la conservation doit souvent trouver des réponses et des méthodes de gestion à des problèmes de conservation dont il n'a pas toutes les données, puisque les outils et principes théoriques sont encore en cours d'élaboration, et que nous ne disposons pas de toutes les informations sur la biologie des espèces à gérer.

 

Objectifs et échelles d'application 

La biologie de la conservation peut être appliquée à de multiples échelles spatiotemporelles, en fonction de l'objet visé par le programme de conservation :
protéger une espèce rare (ex : orchidée), ce qui implique la protection ou la restauration de ses conditions de vie ou de survie,
protéger une population d'individus menacés,
protéger un complexe d'habitats naturels.

Cette protection peut être appliquée :
à la conservation de la diversité génétique, grâce à
une protection in situ dans le milieu naturel (ex : dans une réserve naturelle),
une protection ex situ (ex : en jardin conservatoire, en élevage conservatoire), avec éventuellement culture in vitro ou conservation dans une banque de graines ou de gènes. Certains zoos contribuent à des programmes de protection ex situ d'espèces animales avant une éventuelle réintroduction dans le milieu naturel d'origine quand il peut à nouveau les accueillir.
à l'échelle du territoire d'une réserve naturelle, d'un parc naturel régional, des parcs nationaux ou transnationaux.

Il peut enfin s'agir du patrimoine agricole, avec la conservation génétique et la culture de variétés traditionnelles (ou l'élevage de races traditionnelles).

Un système de suivi et d'évaluation (basé par exemple sur des bioindicateurs) permettent aux gestionnaires ou conservateurs d'espaces naturels de mesurer les progrès faits en fonction des objectifs définis, généralement écrits dans un Plan d'action ou Plan de gestion du milieu, régulièrement mis à jour (par exemple tous les 5 ans dans les réserves naturelles naturelles françaises).

 

Stratégie européenne 

L'un des objectifs que l'Union européenne s'est donnés dans son sixième programme d'action pour l'environnement, est de « protéger et restaurer la structure et le fonctionnement des systèmes naturels, en mettant un terme à l'appauvrissement de la biodiversité dans l'Union européenne et dans le monde ».

Pour ce faire, elle veut, avec les états-membres ;
- mettre en œuvre la législation environnementale (pour l'eau, l'air, les sols notamment) ;
- élargir le champ d'application de la Directive Seveso II ;
- coordonner les réactions des États membres face aux accidents et catastrophes naturelles ;
- étudier la « protection des animaux et des plantes face aux rayonnements ionisants » ;
- protéger, conserver et restaurer les paysages (réseau écologique paneuropéen..) ;
- protéger et promouvoir le « développement durable des forêts » ;
- établir une stratégie communautaire de protection des sols (incluant une Directive sol attendue pour fin 2007) ;
- protéger et restaurer les habitats marins et le littoral, et étendre le réseau Natura 2000 à ceux-ci ;
- renforcer l'étiquetage, le contrôle et la traçabilité des OGM ;
- intégrer la protection de la nature et de la biodiversité dans la politique commerciale et de coopération au développement ;
- établir des programmes de collecte d'information relative à la protection de la nature et à la biodiversité ;
- soutenir les travaux de recherche dans le domaine de la protection de la nature ;

... en étroite collaboration avec l'Agence européenne pour l'environnement.

 

Coûts 

Restaurer, protéger et gérer la nature a un coût, qui peut être comparé à l'estimation ce que couterait le fait de ne pas le faire. En mai 2008, l'économiste indien Pavan Sukhdev  avait conclu que l'érosion de la biodiversité coûtait déjà de 1.350 et 3.100 milliards d'euros par an. En laissant disparaitre une grande partie des services écosystémiques rendus par la Nature à la société, l'humanité se priverait encore de nombreuse richesse et d'atouts vitaux pour le futur. Selon Pavan Sukhdev, chaque milliards investi en faveur de la diversité animale et végétale permet à long terme un « retour sur investissement » au moins cent fois supérieur ; Par exemple, avec 45 milliards de dollars/an affectés aujourd'hui à la création d'aires protégées, ce sont 4 à 5.000 milliards de dollars de revenus et d'économies qui seront - selon lui- permis par an dans quelques décennies. Autres exemples : Bloquer la déforestation, c'est l'équivalent de 20% de nos émissions de gaz à effet de serre qui ne serait pas émis, rappelle l'auteur. En 2008, 1 million de dollars ont servi à restaurer 12.000 hectares de mangroves au sud-Vietnam ; mais cela économisera l'entretien de digues qui coûtent plus de 7 millions de dollars/an. Si on ne sauve pas les récifs coraliens, ce sont 500 millions de personnes qui seront touchées.

 

Notes et références

↑ Selon les textes ou les personnes, on parlera de conservation de la nature, conservation de la biodiversité ou de diversité biologique, conservation des écosystèmes.
↑ « The management of human use of the biosphere so that many yield the greatest sustainable benefit to current generations while maintaining its potential to meet the needs and aspirations of future generations : Thus conservation in positive, embracing preservations, maintenance, sustainable utilisation, restoration and enhancement of the natural environment. » "Global Biodiversity Strategy: Guidelines for Action to Save, Study, and Use Earth's Biotic Wealth Sustainably and Equitably", 1992.
↑ Chercheur en écologie à l'université de Géorgie, États-Unis d'Amérique. [(en) Présentation en ligne [archive]]
↑ in La recherche, n°333 Juillet-Août 2000 : Les multiples facettes de la conservation, Vernon Heywood, p. 97
↑ a et b in (en) Michael E. Soulé, « What is conservation biology ? : A new synthetic discipline addresses the dynamics and problems of perturbed species, communities and ecosystems », dans Biosciences, vol. 35, no 11, décembre 1985, p. 727-734 [ résumé [archive] 
↑ (fr) Commission sur le sixième programme communautaire d'action pour l'environnement, « Sixième programme d'action pour l'environnement [archive] » sur SCADPlus : Synthèses de la légilsation de l'Union [archive], 24 janvier 2001. Consulté le 24 janvier 2007, Chapitre « Nature et biodiversité »
↑ Pavan Sukhdev (Chef de projet du projet UNEP-WCMC intitulé « Green Economy »); et coordinateur de l'étude « L'économie des systèmes écologiques et de la biodiversité », dont diverses phases ont été publiées en 2008 puis en 2009, et qui devrait être terminée en octobre 2010. Cette étude initiée par la Commission européenne en 2007 a été soutenue par le PNUE
↑ Source Dépêche AFP [archive]

 

Voir aussi

Articles connexes

Forbes - Clements - Cowles - Carl Jordan
Liste rouge de l'UICN
Droit de l'environnement, Directive Habitats, Directive oiseaux, CITES
Écologisme - Chronologie de l'écologisme
Écologie
Élevage conservatoire, Conservatoire naturel, Parc zoologique
Parc national, réserve naturelle, protection des oiseaux
Réserve naturelle, Réserve biologique (domaniale, forestière, dirigée, intégrale...)

 

Bibliographie

(en) Michael E. Soulé, « What is conservation biology ? : A new synthetic discipline addresses the dynamics and problems of perturbed species, communities and ecosystems », dans Biosciences, vol. 35, no 11, décembre 1985, p. 727-734 [ résumé ]
(en) Michael E. Soulé, Bruce M. Wilcox, Conservation Biology : an evolutionary ecological perspective, Sinauer Associates Inc., 395 p. (ISBN 978-0878938001)
(en) Michael E. Soulé, O. H. Frankel, Conservation and Evolution, Cambridge University Press, Cambridge et New York
Leopold, A. (1966) A Sand County Almanach. Oxford University Press. New York.

 

Liens externes

(fr)Zéro Déforestation
(en)Union internationale pour la conservation de la nature
(en)Society for Conservation Biology
(fr)Conservation nature

 

 

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